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nous rappeler la conception des Brâhmana qui consiste à penser que
l’oiseau est en vérité l’âme ou les fonctions intellectuelles qui s’échappent
du corps.[40]
Dans cet ordre d’idées, l’Oiseau de Saint-John Perse, tout comme celui de
Braque est une créature ornithomorphe qui incarne à la fois la sagesse et la
création artistique. Cette dualité est présente dans les expressions
« symbolique »[41] et « Bracchus Avis
Avis »[42] :
la première dérive du grec σύμϐολον qui était primitivement un
« objet coupé en deux, dont deux hôtes conservaient chacun une
moitié ; ces deux parties rapprochées servaient à faire reconnaître les
porteurs et à prouver leurs relations d’hospitalité contractées
antérieurement. »[43] Les « deux
parties », dans notre cas, sont bien entendu l’écriture poétique et la
peinture, mais aussi le signifiant et le signifié, le sens propre et le sens
figuré d’une expression ou d’un mot. Une fois rapprochés, voire confondus, ils
donnent naissance à l’œuvre d’art, à la ποίησις dans
le sens étymologique du terme. Quant à la deuxième expression, « Bracchus
Avis Avis », nous pouvons établir un lien étroit entre la forme latinisée
du nom de Braque, « Bracchus », et le substantif grec
βραχίων qui signifie « le bras »[44]. Comme deux bras, la
poésie et la peinture rassemblent leurs forces pour quêter la quintessence des
choses. Mais ce dédoublement de « Avis » renvoie également au poète
lui-même : on n’a qu’à songer à l’un de ses pseudonymes, Saint-Leger Leger[45], qui est l’expression même
de la légèreté. Il ne faut toutefois pas oublier que
l’Oiseau chez Saint-John Perse est aussi l’εῖδος qui devient
λόγος
grâce à un procédé alchimique des plus sublimes. En d’autres termes, l’artiste
perçoit les choses d’abord par les sens, mais pour qu’il puisse y avoir
naissance d’une œuvre, il doit décomposer les choses perçues pour ensuite – tel
un kaléidoscope – les recréer à sa façon : « Ascétisme du
vol !... L’être de plume et de conquête, l’oiseau, né sous le signe de la
dissipation, a rassemblé ses lignes de force. »[46] Ce procédé permet à
l’artiste d’accéder à l’essence précieuse des objets, de quitter ce monde
envahi par les apparences mensongères et d’accéder à une nouvelle vie.[47] Le poète et le peintre deviennent donc des
Vates[48]
qui doivent s’évader vers un monde nouveau[49] : ils doivent
« [p]asser outre »[50]. Il faut sonder l’univers
par l’intelligence et par la connaissance pour le recréer ensuite, non pas pour
la « décoration », mais pour l’essence même de l’art :
« Nous voilà bien loin de la décoration. C’est la connaissance poursuivie
comme une recherche d’âme et la nature enfin rejointe par l’esprit, après
qu’elle lui a tout cédé. »[51] La nature joue donc le
rôle du chant des sirènes[52] qui attire le poète. Ce
dernier le capte d’abord par les sens, puis le décompose en de petites
parcelles plus pures que la « chose réelle » pour le recomposer
finalement en le convertissant en œuvre d’art. L’artiste n’est pas seulement le
créateur de son œuvre, mais il s’approprie sa création tout comme l’œuvre
s’approprie son créateur ; le poète fait l’expérience de ce qu’il vient de
produire à tel point [40] Le Rig-Veda
nous apprend que l’intelligence est le plus rapide des oiseaux. [41] SAINT-JOHN PERSE, Oiseaux,
op. cit. p. 10. [42] SAINT-JOHN PERSE, Oiseaux,
op. cit. p. 31. [43] BAILLY, Abgrégé
du dictionnaire grec-français, Paris, Hachette, 2002, p. 819. [44] À noter que le
substantif « bras » figure dans le texte même : « Au soir
d’antiques civilisations, c’est un oiseaux de bois, les bras en croix saisis
par l’officiant, qui tient le rôle du scribe dans l’écriture médiumnique, comme
aux mains du sourcier ou du geomancien. » (SAINT-JOHN PERSE, Oiseaux,
op. cit. p. 24). À propos de ce passage, Saint-John Perse écrit ceci à
Friedhelm Kemp, traducteur en allemand d’Oiseaux : « Il s’agit de
l’oiseau de bois rituel utilisé pour la divination écrite dans le spiritisme
asiatique : figuration stylisée en forme de simple croix, munie d’un bec à
angle droit, et dont les deux branches ou bras ouverts sont tenus à leurs
extrémités par les mains d’un officiant (un peu comme la « baguette du
sourcier ») au-dessus d’un plateau de sable fin, de farine ou de talc, où
s’abaisse (dans la transe empruntée du médium) le bec perpendiculaire pour
tracer les caractères idéographiques de la phrase épelée. » (Cf. Les
oiseaux et l’œuvre de Saint-John Perse, Aix-en-Provence, Paris,
Publications de la Fondation Saint-John Perse, 1977, p. 46). [45] Les recherches
de Claude THIÉBAUT ont montré qu’au départ, le nom du poète, Léger, s’écrivait
avec un accent aigu (dans ce cas, il est encore plus proche de l’adjectif
« léger » !), mais que la famille a insisté pour qu’il soit
supprimé. [46] SAINT-JOHN PERSE, Oiseaux,
op. cit. p. 22. [47] « Par
l’imagination nous abandonnons le cours ordinaire des choses. Percevoir et
imaginer sont aussi bien antithétiques que présence et absence. Imaginer c’est
s’absenter, c’est s’élancer vers une vie nouvelle. » (Gaston BACHELARD, L’Air
et les Songes. Essai sur l’imagination du mouvement, Paris, José Corti,
1943, p. 8). [48] « À
l’aventure poétique ils eurent part jadis, avec l’augure et l’aruspice. »
(SAINT-JOHN PERSE, Oiseaux, op. cit. p. 24). [49] « De tous les
animaux qui n’ont cessé d’habiter l’homme comme une arche vivante, l’oiseau, à
très longs cris, par son incitation au vol, fut seul à doter l’homme d’une
audace nouvelle. » (SAINT-JOHN PERSE, Oiseaux, op. cit. p.
26). [50] SAINT-JOHN
PERSE, Oiseaux, op. cit. p. 26. [51] SAINT-JOHN
PERSE, Oiseaux, op. cit. p. 18. [52] Cf. Maurice
BLANCHOT, Le livre à venir, Paris, Gallimard, 1959, p. 9 sqq. |
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