BluePink BluePink
XHost
Oferim servicii de instalare, configurare si monitorizare servere linux (router, firewall, dns, web, email, baze de date, aplicatii, server de backup, domain controller, share de retea) de la 50 eur / instalare. Pentru detalii accesati site-ul BluePink.

      Pau-Gazette[27] en portent témoignage. Dans cet ordre d’idées, il n’est pas étonnant de voir Saint-John Perse accepter la proposition de Janine Crémieux consistant à publier son poème dans l’album de Braque. La conception esthétique des deux artistes se fait d’ailleurs écho sur certains points. Ainsi Colette Camelin note que « [c]omme les instruments de musique, motifs favoris de Braque dans sa jeunesse, les oiseaux peuvent s’animer, se métamorphoser : certains semblent avoir gardé les courbes de la guitare, le manche du violon : envol des oiseaux et des notes, envol des ailes peintes – les oiseaux de Braque prennent vie sous le regard. »[28] Dans la conception persienne des oiseaux, nous retrouvons également l’idée de la métamorphose et du mouvement : « L’oiseau, hors de sa migration, précipitée sur la pierre du peintre, a commencé de vivre le cycle des mutations. Il habite la métamorphose. »[29] Les deux artistes font également preuve d’une grande culture asiatique. Dans le texte de Saint-John Perse, l’auteur fait référence aux vieux poètes de la dynastie des Song : « Nous l’avons vu, sur le vélin d’une aube ; ou comme il [l’oiseau] passait, noir – c’est-à-dire blanc – sur le miroir d’une nuit d’automne, avec les oies sauvages des vieux poètes Song, et nous laissait muets dans le bronze des gongs. »[30] Un autre renvoi à la culture orientale est l’allusion au Conquérant Mongol[31], « ravisseur d’un oiseau sur son nid, et du nid sur son arbre [...] »[32]. Quant à Braque, il a illustré Milarépa, poète tibétain, et il a étudié le zen[33]. Les centres d’intérêt des deux hommes sont donc assez proches. Néanmoins, la question de l’influence des œuvres de Braque sur Saint-John Perse n’est pas encore résolue. Le poète prétend avoir ajouté les indices relatifs au peintre seulement après leur rencontre en 1961. Bien que certains détails[34] aient effectivement été ajoutés au poème « après coup », c’est souvent l’inverse qui s’est produit, comme le démontre Kerstin Mauerer en s’appuyant sur l’évolution des manuscrits : Perse a plutôt effacé certaines références à l’oiseau de Braque.[35]

      Les deux artistes ont un objectif commun : sonder l’essence précieuse des choses.[36] Il est donc très probable que ce sont les oiseaux de Braque qui ont déclenché le processus créateur de Saint-John Perse. Toutefois, chacune des deux œuvres est indépendante et ne se superpose nullement à l’autre. Bien au contraire, les textes de Saint-John Perse et les peintures de Braque se complètent mutuellement dans l’univers poétique et métapoétique qu’est l’album L’ordre des oiseaux.

LECTURE DU POÈME

      Si Saint-John Perse a choisi l’Oiseau comme emblème de sa création, il s’inscrit dans une tradition qui, au fil des millénaires, a attribué à l’oiseau des dons exceptionnels. Symbole de la légèreté (dans le sens positif du terme !), l’oiseau représente l’intelligence, la rapidité de compréhension et de l’imagination.[37] Attribué souvent à Minerve, il symbolise aussi la connaissance de l’inconscient qui constitue la base de la sagesse. Nietzsche, dans Le Cas Wagner, n’a-t-il pas prétendu que « tout ce qui est bon est léger [...] ? »[38] Il en est de même pour les oiseaux de Saint-John Perse : « Et si légère pour nous est la matière oiseau, qu’elle semble, à contre-feu du jour, portée jusqu’à l’incandescence »[39]. Cette image n’est pas sans



[27] Pour plus de renseignements sur Saint-John Perse et les arts, voir Daniel ARANJO, Saint-John Perse et la musique, Pau, J&D Éditions, 1988.

[28] Colette CAMELIN, « Le peintre et le poète assembleurs de saisons : Saint-John Perse et la peinture de Braque », in Souffle de Perse, n°3, Aix-en-Provence, Revue de l’Association des Amis de la Fondation Saint-John Perse, janvier 1993, p. 50.

[29] SAINT-JOHN PERSE, Oiseaux, op. cit. p. 16 [c’est nous qui soulignons].

[30] SAINT-JOHN PERSE, Oiseaux, op. cit. p. 25.

[31] Genghis Khan en l’occurrence.

[32] SAINT-JOHN PERSE, Oiseaux, op. cit. p. 14.

[33] Cf. Colette CAMELIN, « Le peintre et le poète assembleurs de saisons: Saint-John Perse et la peinture de Braque », op. cit. p. 51.

[34] Notamment, dans les suites 2 à 4, la « description scientifique de l’oiseau, le procédé artistique du peintre, la métamorphose de l’oiseau ainsi que la gloire de Georges Braque [...] » (Cf. Kerstin MAUERER, « Saint-John Perse et Georges Braque à travers les manuscrits d’Oiseaux », op. cit.).

[35] Cf. Kerstin MAUERER, « Saint-John Perse et Georges Braque à travers les manuscrits d’Oiseaux », op. cit.

[36] « Il faut choisir – une chose ne peut être à la fois vraie et vraisemblable. [...] Écrire n’est pas décrire. Peindre n’est pas dépeindre. La vraisemblance n’est que trompe-l’œil. » (cité par Kerstin MAUERER, « Saint-John Perse et Georges Braque à travers les manuscrits d’Oiseaux », op. cit.).

[37] Cf. Nadia JULIEN, Grand Dictionnaire des Symboles et des Mythes, Alleur, Éditions Marabout, 1997, p. 258.

[38] Cité par Gaston BACHELARD, L’Air et les Songes. Essai sur l’imagination du mouvement, Paris, José Corti, 1943, p. 45.

[39] SAINT-JOHN PERSE, Oiseaux, op. cit. p. 10.

40