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      L’un de ces ouvrages sont les Biographies ornithologiques de Jean-Jacques Audubon[15]. Dans cette publication, Audubon regroupe la plus grande partie des oiseaux qui peuplent les États-Unis. L’originalité de ses travaux réside dans le fait que l’ouvrage présente 435 représentations d’oiseaux en grandeur nature sur des pages d’environ un mètre carré[16]. Rigolot pense qu’Audubon joue un rôle bien plus important que Braque dans la composition d’Oiseaux et que le poète fait référence au naturaliste à plusieurs endroits de son texte. Ainsi, l’Oiseau présenté « sous la triple paupière aux teintes ardoisées »[17] est une allusion directe à l’une des planches d’Audubon, accompagnée des commentaires de l’ornithologue.

      D’autre part, le personnage d’Audubon est lui aussi présent dans le poème persien, bien que de façon dissimulée : dans la suite 3, l’expression « peintre dans l’instant même de son rapt »[18] ainsi que le substantif « ravisseur »[19] renvoient directement au scientifique franco-américain. Celui-ci représente les oiseaux toujours en plein mouvement, à l’instar de notre poète : « Rien là d’inerte ni de passif. Dans cette fixité du vol qui n’est que laconisme, l’activité demeure combustion. Tout à l’actif du vol, et virements de compte à cet actif ! »[20] Étrange ressemblance !

      Selon Rigolot[21], même le « gauchissement de l’aile »[22] et la « tension dardée de tout le corps, ou cet allongement sinueux des anses du col »[23] rappellent la posture des oiseaux sur les représentations du naturaliste « dont la forme menace à chaque instant de déborder hors des marges »[24]. Les références à Jean-Jacques Audubon semblent donc évidentes. Encore ne faut-il pas négliger que l’œuvre persienne a accompagné les dessins de Braque et non pas les représentations de l’ornithologue. Il importe donc d’examiner aussi les influences que l’œuvre du peintre a exercées sur notre poète au moment de la rédaction d’Oiseaux.

Georges Braque, inspirateur de l’Oiseau de Perse ?

      Pendant longtemps, la critique était convaincue que le recueil Oiseaux a été composé à la suite de la contemplation et de l’interprétation des œuvres de Braque, bien que l’auteur le démente lui-même dans l’un des documents qu’il a déposés à la Fondation Saint-John Perse d’Aix-en-Provence[25]. Ce n’est qu’« après coup », comme le note le poète, qu’il aurait adapté ses poèmes aux lithographies de Braque qui, lui, a ajouté quelques plaquettes à son œuvre après la lecture des textes persiens. Dans une lettre à Janine Crémieux, l’éditrice de l’album en préparation, le poète avoue que « l’homme Braque [lui] est profondément sympathique »[26]. À cela s’ajoute qu’Alexis Leger, dès son enfance, a toujours manifesté un goût prononcé pour les œuvres picturales et musicales. Les articles qu’il a rédigés pour



[15] Le poète possédait l’édition américaine de cette publication (The Bird Biographies of John James Audubon, selected and edited by Alice Ford, New York, Macmillan, 1957) dans laquelle il avait ajouté plusieurs annotations.

[16] Cf. Carol RIGOLOT, « Oiseaux : texte de Braque, sous-texte d’Audubon », in Souffle de Perse, n°5, Colloque « Saint-John Perse face aux créateurs », Aix-en-Provence, Revue de l’Association des Amis de la Fondation Saint-John Perse, juin 1995, p. 257.

[17] SAINT-JOHN PERSE, Oiseaux, Paris, Gallimard, NRF, 1963, p. 28.

[18] SAINT-JOHN PERSE, Oiseaux, op. cit. p. 13.

[19] SAINT-JOHN PERSE, Oiseaux, op. cit. p. 14.

[20] SAINT-JOHN PERSE, Oiseaux, op. cit. p. 21.

[21] Carol RIGOLOT, « Oiseaux : texte de Braque, sous-texte d’Audubon », op. cit. pp. 251-252.

[22] SAINT-JOHN PERSE, Oiseaux, op. cit. p. 27.

[23] SAINT-JOHN PERSE, Oiseaux, op. cit. p. 29.

[24] Carol RIGOLOT, « Oiseaux : texte de Braque, sous-texte d’Audubon », op. cit. p. 252.

[25] « Je crois bien vous éclairer sur les conditions dans lesquelles cette œuvre a été écrite... En fait, le texte d’OISEAUX n’a pas été écrit pour illustrer ou commenter la suite lithographique de Braque et ne s’y réfère point directement, non plus qu’à aucune œuvre particulière du peintre. L’œuvre écrite et l’œuvre peinte étaient indépendantes l’une de l’autre. Encore moins pouvait-il y avoir subordination de l’une et de l’autre, la première étant antérieure à la seconde.

À l’heure (1961) où Braque se mettait au travail pour la préparation du grand album d’Oiseaux à publier à l’occasion de son 80ème anniversaire (1962), on avait su, à Paris, que j’achevais moi-même ici une œuvre poétique sur le thème de l’oiseau. On m’a demandé, pour faire plaisir à Braque, avec qui je partageais une réelle affection, de réserver la publication originale de mon texte pour une présentation simultanée des deux œuvres dans une même grande édition de luxe et sous un titre commun de circonstance. » (Lettre de Saint-John Perse à John Matthews (26 février 1966), citée par Carol RIGOLOT, « Oiseaux : texte de Braque, sous-texte d’Audubon », op. cit. p. 246. Kerstin MAUERER cite elle aussi des passages de cette lettre dans son article « Saint-John Perse et Georges Braque à travers les manuscrits d’Oiseaux », à paraître en 2007 dans les Actes du Colloque « Saint-John Perse. Un Prix Nobel entre Giens et Washington (1957-1975) » de Toulon, textes réunis et présentés par Daniel ARANJO).

[26] Lettre à Janine Crémieux, in Les Oiseaux et l’œuvre de Saint-John Perse, Aix-en-Provence, Paris, 1977, p. 122.

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