BluePink XHost |
Oferim servicii de instalare, configurare si monitorizare servere linux (router, firewall, dns, web, email, baze de date, aplicatii, server de backup, domain controller, share de retea) de la 50 eur / instalare. Pentru detalii accesati site-ul BluePink. |
|
Laurent
FELS Oiseaux de Saint-John Perse ou la
quintessence de l’art « Oiseaux semés au vent d’une aube, ils
ensemencent Introduction
Oiseaux, dont la
publication date de 1962, est sans doute l’œuvre qui reflète le plus
explicitement la conception esthétique de Saint-John Perse. Composé de treize
« suites »[10], le recueil présente une
palette de poèmes extrêmement denses et complexes : plusieurs pistes de
lecture sont possibles. À cela s’ajoute que le poète a – comme si souvent –
essayé de brouiller les pistes quant à la genèse de l’œuvre, détail important
qui fait diverger encore de nos jours les opinions des critiques les plus
avisés. Oiseaux n’est pas un simple recueil de poèmes ; il est un
manifeste poétique dans le sens étymologique du terme qui nous renseigne sur la
création telle que la perçoit Saint-John Perse. Aussi peut-il y avoir une
double lecture de l’œuvre : d’un côté, le poète fait l’éloge des oiseaux
et de leur habileté au vol ; de l’autre côté, ces oiseaux – qui sont
rapidement transfigurés en un Oiseau-type – renvoient à la création proprement
dite et révèlent, quoiqu’en filigrane et de façon codifiée, le secret le plus
profond de l’écriture poétique persienne et de la composition artistique en
général. Ce recueil constitue en quelque sorte un « traité
d’esthétique »[11] ou le « cœur »
de la poésie de Saint-John Perse. Aussi mérite-t-il une lecture plus approfondie,
partant de la genèse de l’œuvre et aboutissant à la double lecture qui se
trouve à la base de ce chef-d’œuvre (méta)poétique. LA GENÈSE DE
L’ŒUVRE
Comme le note l’auteur lui-même dans
l’édition de la Pléiade[12], Oiseaux a été
publié pour la première fois sous le titre L’ordre des oiseaux dans un
album qui regroupe à la fois les peintures de Georges Braque et les textes de
Saint-John Perse à l’occasion du quatre-vingtième anniversaire du peintre.
Néanmoins, la question est de savoir si les poèmes sont, comme le précise
Perse, antérieurs à la collaboration avec Braque ou s’ils ont été influencés
par ses tableaux. Carol Rigolot a même réussi à démontrer que la première
ébauche du texte persien a plus probablement été inspirée par le naturaliste
franco-américain d’origine créole Jean-Jacques Audubon (1785-1851). Peut-il y
avoir plusieurs influences ? Comment doit-on lire ce chef-d’œuvre de la
poésie du XXe siècle ? L’hypothèse « Audubon »
La passion ornithologique a été présente
chez Saint-John Perse depuis son enfance. Il le confirme lui-même dans l’une
des notes de l’édition de la Pléiade : « Le thème de l’Oiseau semble
avoir hanté toute sa vie Saint-John Perse »[13]. Dans une lettre du 21
décembre 1910[14],
il adresse à Jacques Rivière le texte de Cohorte dont le titre initial a
été Pour fêter des oiseaux, composé en 1907 et signé Saint-Leger Leger.
À cela s’ajoute que la bibliothèque personnelle du poète compte, entre autres,
plus d’une cinquantaine de livres consacrés à l’ornithologie. [10] Cette
appellation est d’Albert HENRY. [11] Pierre VAN
RUTTEN, « Peinture et Poésie ou le pouvoir de l’Art dans Oiseaux »,
in Saint-John Perse et les arts, textes réunis par Daniel RACINE, Paris,
Lettres Modernes Minard, 1989, p. 141. [12] « Avant
d’être édité sous ce titre [d’Oiseaux] par Gallimard (Paris, 1963),
l’œuvre avait paru en édition originale, publiée "Au Vent d’Arles"
par la "Société des Éditions d’Art", sous le titre L’ordre des
oiseaux. Grande édition artistique, 50 x 42 à tirage limité, avec illustrations
pleine page de Georges Braque (12 eaux-fortes originales en couleurs tirées sur
presses à bras), l’édition présentée en grand in-folio. Cette édition donna
lieu, à la Bibliothèque nationale, à une exposition en l’honneur de Saint-John
Perse et de Braque, où furent présentées les feuilles manuscrites du poète et
les gravures sur cuivre du peintre. L’ouvrage fut présenté aussi à une
exposition publique de la "Library of Congress" à Washington. »
(SAINT-JOHN PERSE, Œuvres complètes, [abrégé désormais O.C.]
Paris, Éditions Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1982, p. 1133). [13] O.C., p.
1134. [14] O.C., p.
680-689 |
![]() |
38 | ![]() |