Ce jeune homme aux yeux aussi
grands
Que notre histoire toute
entière,
Passait, songeur,
Du livre cyrillique au grand
livre de la vie
Et n’en finissait pas de
dénombrer les peupliers de la justice et de l’amour,
Lesquels lui parvenaient
toujours impairs.
Il y a eu encore des tilleuls
Et deux amoureux
Qui savaient recueillir
toutes les fleurs de ceux-là
Dans un baiser.
De plus, des oiseaux ou bien
des nuées,
Lesquels n’arrêtaient pas de
les survoler,
Tout pareils à d’immenses
nappes mouvantes.
Et parce que tout cela
Devait porter un nom,
On les prénomma
Eminescu.
LES YEUX
Mes yeux s’arrondissent
toujours plus,
Pareils à deux ronds dans
l’eau –
Ils m’ont déjà recouvert le
front
Et la moitié du torse.
Ils ne tarderont point à être
aussi grands
Que moi-même.
Plus grands que moi,
Beaucoup plus grands que
moi-même,
J’en arriverai à n’être plus
qu’un point noir
Au milieu d’eux.
Et pour m’éviter la solitude,
Je permettrai que leurs
globes soient comblés
D’un grand nombre de
choses :
La lune, le soleil, la forêt
et la mer
Avec lesquels je regarderai,
comme avant,
L’ici-bas.