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Jalel EL GHARBI

Laurent FELS :

Comme un sourire مثـــــل ابتسامـــــــــــة  Wie ein Lächeln

Penser son rêve, rêver sa pensée


Je partage avec mon ami Laurent FELS d’excellents souvenirs. C’est une journée à Trèves où nous sommes allés voir le musée Karl Marx et la Porta nigra. C’est une journée à Vianden où se réfugia Victor Hugo et c’est la proximité de l’amitié à toute épreuve. Et aujourd’hui, j’ai le plaisir de traduire son recueil Comme un sourire en arabe.

« Au commencement, il y a la fin», insinue cette pensée amoureuse de Laurent FELS. Cette fin que le recueil affiche dès le poème liminal vaut par la conscience qu’elle laisse entrevoir, par le doute qu’elle entretient et par la ferveur du dire qu’elle fait naître. Conscience, doute et ferveur dis-je. Autant de qualités indispensables au poète.

À lire Laurent FELS, on finit par se demander si l’on n’est pas d’abord une conscience de notre finitude. Peut-être qu’exister, avec toutes ses modalités, surtout celle de l’amour, est-il un pur être pour le néant. Nos amours sont imparfaites et nous sommes mortels. Et il y a des aphorismes que les poètes n’ont fait que répéter. Pourtant, ils ont toujours gardé l’émerveillement des choses nouvellement nées : « La vie n’est qu’un songe irrécupérable, /à tout jamais perdu », dit la sentence du poète. Sous la plume de Laurent FELS, l’imperfection de nos amours est l’expression de cette tare ontologique qui fait que nous sommes irrévocablement condamnés à l’insatisfaction.  Pourtant, il faut vivre, aimer et célébrer la vie et ses amours. Vivre et songer, car c’est dans la synonymie du vivre et du songer que la poésie trouve sa justification. « Vivre » ? C’est, en toute conscience, se laisser prendre dans les rets de la vie. « Songer » ? À la fois penser et rêver, penser son rêve et rêver sa pensée. Nos amours sont ce qui se prête le mieux au survol du rêve et de la pensée parce que l’abîme est infranchissable entre l’infini du désir et le fini du plaisir. Le désir  nous fait oublier que le plaisir ne va qu’à sa perte, qu’à notre perte « Comme les derniers bouts de chair / qui se touchent timidement, / les corps se hâtent / vers le néant » alors que le désir promettait « comme une vie / sans fin ».

Face au néant, le poème se fait le lieu d’un creusement, d’une quête ou d’une exigence : trouver la chose sans ses attributs : c’est le motif de la bouche sans voix ou celui des oreilles sourdes. Motifs concourant à signifier que toute prise de parole est promise au malentendu, au quiproquo. Mais à la réflexion, ce qui est visé ici, c’est sans doute l’essence des choses et non pas les choses elles-mêmes. Ce monde où les choses sont dispensées de leur utilité fait penser à la sphère du métaphorique, ce qui est comme, ce qui ne peut être dit que par le détour du comme. Choses immatérielles ; lumières sans ignition. C’est sans doute pour cette raison que le recueil de Laurent FELS a choisi de s’intituler Comme un sourire.

 

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Laurent FELS, Comme un sourireمثـــــل ابتسامـــــــــــةWie ein Lächeln, édition trilingue, traduction en arabe par Jalel EL GHARBI, traduction en allemand par Rüdiger FISCHER, avec des illustrations en couleurs de Janine LAVAL, Montreuil-sous-Bois, Éditions Joseph Ouaknine, 2006, 168 pages, ISBN : 2-916090-53-3, prix : 20,00 €. Chaque exemplaire est numéroté et a une couverture unique en cuir.

 

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