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l’intérieur évidemment). C’était un supplice atroce. Je n’osais
même plus bouger pour éviter la douleur et surtout pas question de hurler ni de
se plaindre : ç’eût été pire encore. Le sommeil finissait tout de même par
arriver, et hop, pipi au lit. Vu
l’état de mes jambes dont les mauvais traitements étaient la cause, on me
privait d’école, car pas question à l’époque de porter des pantalons. Devant
l’inefficacité de cette torture (car ç’en était une), ils trouvèrent autre
chose, avec, entre autres, un rituel barbare qui consistait à me faire asseoir
au milieu de la cour, vêtu de mon pyjama détrempé par la souillure, et là, tous
en cœur, ils me pissaient dessus (excusez l’expression mais l’image est plus
réaliste ainsi). Après quoi, tout mouillé et mon drap sur la tête, ils
m’enfermaient au fond du jardin dans la cabane à outils et m’y laissaient
jusqu’au soir C’est peut-être là que commença mon sevrage de larmes. Au bout
de quelques années de ce doux traitement, gardé secrètement par tout le monde,
y compris par moi-même, la cause de ces « réprimandes » cessa. Ah ! enfin une
vie normale... C’est le moment que choisit ma mère qui, pendant ce temps,
s’était entichée d’un homme, pour que nous entrevîmes le retour à une vie
normale. Un beau
jour d’été, nous vîmes, mon frère et moi, arriver une automobile avec notre
mère habillée bon chic bon genre, avec cette espèce d’individu en beau costume
et qui parlait d’une drôle de manière (argot plus verlan, etc.). Ils nous
demandèrent de faire nos bagages (sans nos maigres jouets, qui nous avaient été
confisqués depuis belle lurette). Nous voici le cœur battant assis sur le siège
arrière de la Quatre-Chevaux en direction de Paris. Enfin une vie de famille se
profilait devant nous. En fait
de vie commune, nous fûmes placés immédiatement moyennant finances chez la
grand-mère. Ouf ! c’était déjà mieux que chez nos sauvages geôliers du
Loiret. Et notre mère disparut encore quelques jours. Nous avons appris que ces
charmants tourtereaux avaient un domicile dans le XIe arrondissement mais, pour
l’heure, c’était leur jardin secret. Nous n’y mîmes les pieds que quelques
années plus tard. La
rentrée scolaire arrivait et mon frère et moi spéculions sur notre future
école; il y en avait une en face de chez nos grands-parents. Mais... Nous
vîmes arriver ce monsieur qui nous obligea dans un premier temps à l’appeler «
Parrain » (tout un symbole pour un proxénète) et il nous emmena dans une école
privée où nous allions, d’après lui, avoir des camarades et une bonne
éducation. Je revois ce jour de septembre où nous sortîmes de
l’automobile pour nous engouffrer dans un « hôtel particulier » de Créteil. Là,
devant le directeur de l’établissement (monsieur Raoul), nous sentîmes d’un
côté un regard froid posé sur nous et, dans notre dos, une totale indifférence
(bon débarras). On nous demanda de poser nos affaires et nous fument soumis à
une fouille minutieuse comme des condamnés entrant en forteresse. C’est
après ces obligations réglementaires et tout à fait justifiées aux dires de nos
« parents » que nous fumes présentées aux autres pensionnaires de
l’établissement. Cette maison qui pour l’instant taisait son nom comptait 27
élèves. Nous dormirions ici (trois dortoirs de neuf) et irions à l’école
communale de la Ville de Créteil. Après le Loiret et ses sévices, cela nous
paraissait un peu mieux. Nos
chers « parents » disparurent pendant quelques semaines, histoire que nous nous
acclimations à notre nouvelle « famille ». Je vous passe sous silence les
règlements stupides et contraignants qui nous étaient imposés, mais par rapport
à avant cela avait l’air d’une plaisanterie (pour le moment). Notre
première surprise fut d’apprendre par la bouche du directeur que nous étions en
fait dans l’Orphelinat de Garçons de la ville de Créteil et que nos parents
(officiellement un parent, donc droit à l’orphe1inat*) auraient à payer une
maigre contribution à notre hébergement, le reste étant réglé par la Ville et
un généreux donateur d’une banque privée. * Notre vrai père vivait toujours, donc les deux parents en vie,
nous n’avions pas droit à l’orphelinat. C’est une magouille avec une prostituée qui nous y a fait entrer. Le
décor était planté, les acteurs en place, alors clac ! en avant le spectacle.
Le règlement intérieur devait dater d’un autre âge : interdit d’avoir des
jouets, de courir, de regarder dehors. Quand nous étions enfermés, pas de
répit. Toutes les heures de disponibles étaient consacrées à l’étude. Après
l’étude de l’école, retour à l’orphelinat, étude, puis repas (légumes, soupe et
quelquefois un maigre dessert), après encore étude puis montée aux lavabos où
été comme hiver la toilette s’effectuait à l’eau |
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