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métamorphoses du don de livres  et de ses buts subtiles ? Est-ce que tout ceci peut signifier aussi : courtoisie, mésalliance, bravade, assomption de la postérité, charité, investissement morale, intérêt camouflé, emblème… ? Combien le biblio-don se reflète en nous, pour finir par mesurer notre narcissisme inné ?

Le biblio-don serait-il, par hasard, un méphistophélique armistice avec l’éternité ?  

Teodora FÎNTÎNARU est Directrice de la Bibliothèque départementale « Duiliu Zamfirescu » de Focsani, dépt. de Vrancea, Roumanie.   

Contact : bjfocsani@vrancea.info

N. B. Lors de notre visite à Focsani – à l’occasion d’un Colloque destiné à la Francophonie, nous avons été impressionné par l’accueil chaleureux et convivial, mais aussi et surtout par le professionnalisme du personnel desservant la Bibliothèque. Toutes nos félicitations à la Directrice et à sa charmante équipe !

              

Les voleurs de larmes

« Si tu pleures de joie, n’essuie pas tes larmes,

elles appartiennent à la douleur. »

Au lendemain de la guerre, je naquis dans un quartier populaire de Paris, deuxième d’une famille modeste. Ma mère était très jeune (20 ans) et mon père à peine plus âgé. Mon grand frère était né par hasard — ce qui entraîna un mariage précipité. Peu de temps après, une erreur d’interprétation de la méthode Ogino me propulsa dans ce monde. Inutile de vous dire que ma naissance n’était pas désirée et mon entourage s’empressa de me le faire savoir.

Mon géniteur, ne se sentant pas à la hauteur de la situation, prit rapidement la poudre d’escampette et voilà ma mère seule avec deux enfants sur les bras, l’un, beau bébé joufflu, et l’autre, malingre, mal nourri puisque allergique au lait. J’étais chétif et malade (otite méningée, diarrhée verte et j’en passe). Ma grand-mère, cet être infâme, ne m’accepta jamais et me surnomma rapidement le « Crevard ».

Maman n’avait aucun métier, pas d’argent ; alors elle fit tous les petits boulots qui étaient à sa portée. Ma grand-mère refusant de me garder (elle n’acceptait que mon frère), nous fumes placés dans une ferme du Loiret. D’après mon entourage et après enquête très tardive, mon frère et moi devions avoir 5 et 6 ans.

La séparation maternelle fut brutale, surtout pour moi qui, me sentant rejeté de tous bords, me raccrochais à ma jolie maman, laquelle visiblement ne voyait aucun mal à se séparer temporairement de ses enfants. Cette séparation allait être en réalité quasi définitive.

Une fois arrivés dans cette famille rurale forte de deux adultes et de deux adolescents d’environ 18 ou 20 ans, mon calvaire allait commencer. (Pas pour mon frère qui, lui, avait la chance d’être « normal », beau gosse, taille et poids normaux et bon caractère.)

Les premiers problèmes apparurent avec la nourriture. En effet, je ne supportais pas la viande et, les rares fois que nous en mangions, je la tournais et retournais dans ma bouche sans qu’elle veuille descendre dans mon gosier. Ces infâmes boulettes qu’il m’était interdit de recracher sous peine de sévères punitions finissaient dans ma poche. (La méchanceté des grands rend les petits malins.) Mais de temps à autres, j’oubliais de les sortir de mes poches pour les jeter dans la nature. Mes vêtements allant (tous les quinze jours) au sale, la mégère qui nous gardait en faisait la découverte et me les resservait aussi sec dans mon assiette. Inutile de vous dire les difficultés de cette nouvelle dégustation, mais c’était un passage obligé.

Hormis ces petites « tracasseries », tout allait à peu près bien. Notre mère venait nous voir tous les mois deux ou trois heures, ce qui, visiblement, lui paraissait déjà fort long.

Mes deuxièmes gros ennuis commencèrent vers 7 ans. J’étais atteint d’incontinences nocturnes. Ah ! le drame, surtout qu’à cette époque il n’était pas question de machine à laver le linge. Ils essayèrent de me raisonner, mais qu’y pouvais-je ? La nuit, je dormais. C’est alors que les punitions commencèrent à être de plus en plus barbares. On commença par me mettre des orties dans mon pyjama, histoire de me réveiller et de penser à aller au pot de chambre (pas de toilettes à

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