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A ce haut niveau officiel, le livre n’était pas présent dans l’échange de cadeaux, comme déjà dit, mais cela n’excluait pas la possibilité qu’il fût quand même offert, lors d’occasions plus spéciales.

Le livre commence à faire l’objet du don interpersonnel, co-latéral, lorsque les deux actants créent une situation de courtoisie, de persuasion culturelle basée sur une connaissance réciproque de leur permissivité intellectuelle, bien que les documents étudiés à ce jour soient plutôt peu éloquent à ce sujet.

Le révérend et épigraphiste anglais Edmund Chishull, qui faisait partie de la suite du Lord Page, en 1702, notait à la suite d’une visite en tant qu’ambassadeur émissaire dans la Valachie : «  Le même jour, nous avons été honorés par le don de plusieurs livres imprimés de fraîche date dans ce pays, de la part de Kir Gheorgheos Kastriotis et de même, de livres de la part de Son Excellence Constantin Cantacuzino. » 

Nous ignorons si ce fut un don unilatéral ou un échange réel mais, dans la bibliothèque de l’écuyer érudit, se retrouve la signature du révérend « sur le tranchant d’une belle écriture théologique du XVII –e siècle, Il cardinalissimo di Santa Chiesa », ce qui pourrait bien n’attester que de son passage, et non pas d’un don propremen-dit. Par ailleurs, dans la bibliothèque de l’écuyer se trouvaient assez de livres reçus en signe du respect, de la reconnaissance ou - peut-être – pour obliger sine die le grand érudit. C’est aussi le cas des livres donnés par le médecin humaniste Iacob Pylarino à l’écuyer Cantacuzino, durant son long séjour à la cour de Serban Voïvode et de Constantin Brâncoveanu. Il en est de même d’une Chronique de Nauclerus Iohannes, livre qui finit par porter l’ex libris  de Constantin Cantacuzino, après avoir été donné par le Métropolite Dositheu au Maître Docteur Iacov Pilarin et, ensuite, donné par ce dernier à Constantin Cantacuzino, en réalisant, par là, un topos livresque, en ennoblissant le don d’un don de livres et en leur conférant le statut d’objet privilégié donné par leurs importance, nouveauté, prix et rareté.

Sur les livres sont mentionnés, par les récepteurs, la date de l’offre, le nom du donateur, voire de brèves considérations qui les particularisent, en leur conférant une personnalité et en en authentifiant l’importance affective et culturelle. Ainsi, l’écuyer notait, en grec, sur le tranchant de l’Ethique de Geulinx Arnoldus : «  Le présent livre me fut donné en cadeau par Kir Pandeli de Chio, en témoignage de notre amitié certaine… ». Alors que le même Edmund Chishull notait que le Patriarche d’Antioche était resté « profondément pénétré par la générosité, la courtoisie et l’amitié incarnés par son accueil à cette cour ». Ceci atteste de l’appartenance du donateur – destinataire à la confrérie sous-entendue des érudits ou des colporteurs de valeurs écrites. L’aura affectif du don de livre se complète ainsi de sentiments relevant de la haute sphère de la considération, non pas toujours gratuite, il est vrai, ce qui justifie aussi un certain discours portant sur une fonction affective, cathartique du don.

Ainsi, le don de livre est investi des prérogatives d’un vrai programme culturel in nuce, par le prince régnant Matei Bassarab, dont l’Avant-propos au Psautier de Govora, 1637, est un bel exemple de conscience civilisatrice à travers le livre : « Voilà pourquoi je vous prie de recevoir avec le même amour ce don, bien que d’un prix plutôt modeste, mais en guise de commencement, car j’entends, par la suite, vous présenter, les Pères, d’autres livres également ». Cet aspect idéalisé du don, dans le but déclaré de dotation et de thésaurisation nationale est offert sous une clause :

« Gardez précieusement ce don », « gardez-le dans toute sa richesse », « ne le méprisez pas après notre mort » - en conférant au livre le rang de solide et auguste cité intellectuelle.

En s’adressant aux bien-pensants et aux habitants du pays, mais aussi à la future élite successorale : « vous, les frères qui serez là après nous et, par la volonté de Dieu, vous régnerez sur ce pays », le prince circonscrit à une rhétorique de la majesté une composante éthique du livre, en convertissant en un apriorique principe illuministe l’acte de donner à la Cité, de livresques sceaux identitaires.

Nous restons conséquente à l’opinion que ce sujet : Le livre en tant qu’objet du don, pour lequel nous avons tenté l’incipit d’une recherche diachronique, peut être une tentation herméneutique pour ceux qui sont intéressés par les aspects isomorphes et anthropologiques du biblio-don.

En dépouillant ce sujet des ornements patinés des temps révolus et en passant dans un registre des expériences dé-sublimés du don, l’on peut se demander, non pas seulement d’une manière rhétorique, combien le livre en tant que don peut-il nous transformer, de quelque côté de celui que l’on se trouve ? En démythisant le sujet : qu’est-ce que l’on peut dire sur le livre en tant qu’héritage, qu’expédient, que donation, que spectacle, qu’objet domestique ?... Que peut-on dire des

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