BluePink BluePink
XHost
Gazduire site-uri web nelimitata ca spatiu si trafic lunar la doar 15 eur / an. Inregistrare domenii .ro .com .net .org .info .biz .com.ro .org.ro la preturi preferentiale. Pentru oferta detaliata accesati site-ul BluePink

réciprocité, échange, une délibération, un but, une conséquence positivement réversible sur le donateur s’instituant, selon Mauss, la règle d’une morale contractuelle de facto. Il paraît que la gratuité du geste de donner/faire un don, le don en tant que but en soi, autodéterminé, était, comme de nos jours, une heureuse illusion.

Nous avons entendu de faire la distinction sémantique entre le don de livre et le don, avec la variante offrande, afin de distinguer l’acte de générosité interpersonnelle d’avec celui qui supposait comme bénéficiaire, le plus souvent, une église ou un monastère.

En nous référant à la différence axiomatique entre don et donation, nous considérons que, malgré les nombreuses interpénétrations connotatives entre ces termes, le don représente le système, la matrice conceptuelle englobant paradigmes contextuels, gestuels, motivationnels  et actantiels généraux, mais la donation, l’offrande et d’autres dénotatives possibles de ce thème sont des sous-systèmes à fonctions similaires, mais à divers niveaux de réciprocité. Le périple dans le monde des textes se trouvant à notre portée, surtout au niveau d’inventaire que d’interprétation systématique, nous a déterminée à apprécier que le don de livres ayant comme initiateurs les princes régnants, les boyards érudits, plus rarement les allogènes visait, généralement, les institutions canoniques et édifiait, par des inscrits consécutifs au don, un acte culturel au sens large, ou bien thésaurisait des monuments de l’écriture, comme, par exemple, le Psautier imprimé par Matei Basarab, dont nous avons cité au début de cette étude.   Pour en revenir au livre comme objet du don, par la donation est fondé, le plus souvent, « un contrat avec la divinité ».

Le donateur était intéressé à ce que son don de livre religieux, rare, coûteux et d’autant plus cherché, transféré pieusement de la sphère profane dans celle sacrée pour que cela lui facilite l’accès à la pitié divine, à la commémoration et à la glorification œcuménique de son nom. « Ne méprisez pas de commémorer son nom dans vos prières sacrées », est une partie du contre-don exigé par le grand Voïvode et son Epouse Hélène, dans l’avant-propos au Psautier cité. 

Ceci alors que, une note d’un Missel slavon de 1750 – 1751, offert en aumône à une église par un haut fonctionnaire de l’Administration, Radu de son nom et une dame bien généreuse, inclut aussi la sollicitation que les donateurs soient mentionnés, avec leurs familles, lors de la sainte Liturgie : «  (…) Ce pourquoi, le prêtre qui se trouvera à l’église de Galati, mentionne aussi Radu qui en a fait don, ainsi que ses parents… »

Toujours à propos de la dimension sacrée du livre en tant que don, on peut rattacher un autre aspect de l’hétéro-praxie du livre relevant de la pratique en chaire. C’est un moment de l’exercice liturgique orthodoxe, où l’officiant lève l’Evangile et, en en faisant le signe de la croix, fait don à ceux qui y sont présents, de sa bénédiction divine. Le même livre est utilisé comme rituel à chaque fois pour d’autres bénéficiaires, afin de fonder une autre façon de don : une hiérophanie du livre. Le Grand Livre sert d’intermédiaire, par la force de la sacralité, un double don transcendant : d’une part, la foi et d’autre part, le pardon, formes solidarisées au nom du sacré à travers le livre.

Au plan profane, la conventionalité du don, considéré comme objet transmis de l’un à l’autre par des mécanismes relevant de devoirs officiels, de courtoisie ou, tout simplement, d’empathies, le livre devient, par le simple don d’être donné, instrument missionnaire, témoin muet, preuve précieuse du droit au respect.

Le protocole diplomatique, durant le long Moyen Âge roumain, n’incluait pas le livre, stricto sensu, parmi les accessoires du don offert ou reçu, selon des règles statuées tacitement. Voilà en quoi consistait le don du Patriarche Macaire d’Antioche au prince régnant de Moldavie, Vasile Lupu, d’après la description faite par Paul d’Alep : «  une paire de coussins cousus en carrés rosâtres, deux boîtes de sucre candi, une boîte de savon de musc, deux boîtes de savons pour le lavage du visage, deux savons ronds d’Alep, un bol de confiture de gingembre, (…) une boîte de fruits français confits, parfums, amandes, raisins de Corinthe, œufs de poisson pressurés, dattes, abricots, pistaches salées ou non salées, etc. »

L’épouse, les fils et les boyards plus importants recevaient de tels dons – la cérémonie en soi doit en avoir été une de toute beauté, bien que cette partie spectaculaire du protocole ne soit pas trop détaillée dans les textes étudiés. La coutume voulait que, selon le rang et l’importance de la mission, les messagers reçoivent eux aussi, à leur tour, divers dons princiers, assez nombreux et, le plus souvent, de prix, comme les chevaux moldaves ou toutes sortes d’accessoires vestimentaires ou ornements.

26