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Laurent
FELS LES
GRANDES DOCTRINES LITTÉRAIRES EN FRANCE DE 1546-1800 Introduction
Les conceptions des différents
genres littéraires ont beaucoup évolué au fil des époques et parfois même à
l’intérieur d’un même siècle. Aussi importe-t-il de retracer les principales
doctrines en se référant aux œuvres des grands théoriciens. Notre étude
traitera d’abord la doctrine de la Pléiade ; dans une deuxième partie,
nous examinerons de plus près les conceptions littéraires de Malherbe et de
Guez de Balzac. Le troisième volet de la présente analyse sera consacré à la
genèse et aux grands principes de la doctrine classique. Finalement, dans un
dernier chapitre, nous exposerons quelques conceptions particulières de la
poésie lyrique.[1] 1.
La doctrine de la Pléiade A partir de 1546, les auteurs
de l’époque pensent qu’il faut abandonner l’idée qui consiste à produire des
œuvres spontanées provenant de la transcription directe des légendes
populaires. Cependant, il faut préciser que, dans la littérature du Moyen Âge,
« rien ne vient instruire le poète, l’écrivain en général, de son métier
d’écrivain. »[2]
Les hommes de l’époque médiévale semblaient croire qu’une certaine imagination
supérieure particulièrement fertile, ainsi qu’une expression soignée
suffisaient pour que l’œuvre plût aux lecteurs. Il n’y avait pas de
« leçons de maître » ni de « conseils de la tradition ».
Néanmoins, le cas est différent pour les jeunes écrivains qui forment d’abord
un groupe en Brigade, puis en Pléiade aux alentours de 1546. Contrairement à
leurs prédécesseurs, ils veulent apprendre avant de saisir eux-mêmes la plume.
A leur sens, les œuvres des auteurs précédents sont infiniment supérieures aux
productions de leurs contemporains même les plus glorieux. Ces jeunes poètes
s’engagent à prendre les écrits médiévaux comme modèles et à dégager à partir
de ceux-ci des principes qu’ils appliqueront dans leurs propres œuvres. Aussi
les travaux de la Pléiade peuvent-ils être considérés comme les premières
réflexions sur les genres littéraires qu’on a essayé de codifier par la suite.
Les deux principaux auteurs qui ont théorisé la littérature sont Ronsard et Du Bellay.
Ils sont d’avis que leur mission consiste à établir des théories afin d’établir
des directives pour leurs contemporains et leurs successeurs. Un des éléments
marquants de leur manifeste est le caractère sacré, voire divin du poète. C’est
sur ce pilier de leur doctrine qu’ils construisent leurs conseils. Si l’origine
du genre poétique est de nature divine, elle procure au poète une certaine
divinité étant donné qu’elle fait en sorte qu’il devienne immortel. Désormais,
l’objectif de la poésie se trouve modifié : on ne cherche plus à flatter
tel ou tel prince, mais on essaie de plaire aux siècles futurs. L’écrivain doit
« vaincre le temps » et non pas se limiter à la quête de la gloire
terrestre. Par conséquent, le métier du poète est devenu noble puisqu’il
consiste à interpréter la pensée divine. Toutefois, la condition de la réussite
est que le poète doit se consacrer exclusivement à Dieu, et non pas aux
avantages ni aux joies terrestres. Par ailleurs, l’auteur doit faire preuve
d’humilité dans l’exercice de son art. Une première étape de cette modestie
consiste à s’incliner devant les génies de l’Antiquité gréco-latine dont les
œuvres doivent servir de modèles : « [i]l faut faire en France ce que
les Latins ont fait à Rome : leur littérature n’a vraiment atteint au
sublime que lorsqu’ils se sont humblement mis à l’école des Grecs. »[3] Le plus important, c’est
que le poète emprunte aux Anciens les genres. Il faut abandonner les rondeaux,
les balades, les chants royaux, les virelais ainsi que les chansons et revenir
aux élégies de Tibulle, d’Ovide ou de Properce. La faiblesse de la poésie
française vient, selon les réformateurs de 1550, principalement du style. Aussi
est-il nécessaire créer un véritable style poétique. Dans cet ordre d’idées,
ils sont venus à la conclusion que le style poétique doit être différent de la
prose : « le style poétique doit être plus "signifiant" que
celui de la prose ; il doit avoir plus de "nerfs" et de
"force" : il doit être, en somme, une prose plus rigoureuse,
plus attentive, plus précise, une prose mieux écrite, en |
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