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« son » texte à lui, dont il cède les droits. Ce qu’il touche ce sont donc des droits d’auteurs, généralement sous forme d’à-valoir (le premier à la signature du contrat, le second au « bon à tirer »)  Quant au montant de sa rémunération, elle varie énormément d’un pays à l’autre, mais les associations de traducteurs littéraires (environ 25 à ce jour) militent très activement pour faire reconnaître ce métier difficile et le professionnaliser. A ce jour par exemple, rares sont les éditeurs qui omettent encore de mentionner le nom du traducteur sur la couverture du livre. Une fois l’an le Conseil européen des associations de traducteurs littéraires (CEATL), association supra-nationale, se réunit dans l’un des 25 pays membres, pour faire le point sur le statut du traducteur, et pour tenter, le plus souvent par des lettres ouvertes, ou des rencontres avec les responsables, d’améliorer sa situation, et de faire reconnaître l’énorme difficulté de son travail, trop souvent mal rémunéré. Mais aussi pour faire admettre l’importance du rôle essentiel qu’il joue dans le dialogue interculturel, dans la circulation des idées, dans le rapprochement des mentalités : mots-clés prônés par les directives européennes. Umberto Eco n’a-t-il pas déclaré que la langue de l’Europe c’était la traduction ?

Il ne peut évidemment être question de « professionnalisme » et de « reconnaissance » que si le traducteur littéraire répond à l’attente qualitative et de l’éditeur et du marché. Un trop grand nombre de « mauvaises » traductions courent encore les rues, or un texte mal traduit peut vous défigurer non seulement un auteur, mais toute une culture. Trop longtemps l’accès au métier a été laissé au petit bonheur la chance et les éditeurs ont mal fait leur travail : acceptant par exemple un traducteur sans le « tester » d’abord, et pour la simple raison que le tarif proposé était le plus bas. Meilleure façon de brader le métier…  Personnellement je me suis formée seule et sur le tas, par la trial-and-error method. J’aurais pourtant aimé pouvoir bénéficier d’une formation qui aurait raccourci mon long parcours d’apprentissage. C’est la raison pour laquelle j’ai fondé à Bruxelles, il y a une quinzaine d’années, le Centre européen de traduction littéraire (CETL). C’est d’abord un centre de formation postuniversitaire essentiellement axé sur la pratique du  métier. Les points forts du cycle sont les séminaires et les ateliers animés par les plus grands traducteurs littéraires actuels. C’est ensuite une plaque tournante d’échanges avec le monde professionnel de la traduction littéraire et de l’édition. Des directeurs de collection et des éditeurs font d’ailleurs partie du jury d’examen final qui sanctionne le mémoire de fin d’études. Le CETL est ainsi un vivier où éditeurs et instances culturelles diverses peuvent puiser des talents développés et affinés par les professionnels de l’écriture. Le cycle s’étend sur deux années, chaque fois de janvier à décembre, les ateliers se déroulent uniquement le samedi, permettant ainsi aux personnes professionnellement actives et de tous âges de venir s’y former.  Toutes les combinaisons linguistiques y sont possibles du moment que la demande provient d’au moins 7 candidats. Il existe aussi des DESS (Diplôme d’Etudes supérieures spécialisées) en traduction littéraire, dans plusieurs universités européennes. L’accès y est généralement réglementé par un concours et les langues de départ sont peu nombreuses. La pratique n’y est pas toujours privilégiée, au profit des cours théoriques : l’université confond encore trop souvent la traduction littéraire avec la linguistique appliquée ou la simple « version » académique …

Enfin et pour terminer : un grand pas a été réalisé pour permettre au traducteur littéraire d’honorer son contrat dans les meilleures conditions. Il y a une trentaine d’années fut créé à Straelen, en Allemagne, le premier Collège européen de traducteurs littéraires. Elmar Tophoven, traducteur allemand de Nathalie Sarraute et de Thomas Beckett, en était l’inventeur. Depuis lors, Straelen a fait des petits et à ce jour une douzaine de collèges se répartissent la tâche de l’accueil en Europe. Ils se sont même constitués en réseau (RECIT). En Belgique, le collège de Seneffe accueille régulièrement des dizaines de traducteurs professionnels, entièrement pris en charge par la Communauté française de Belgique. Dans un lieu que l’on peut sans doute qualifier d’idyllique, au château de Seneffe, les traducteurs ont ainsi l’occasion unique de travailler dans le calme, d’avoir accès à une riche bibliothèque de

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