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Le traducteur est donc, très certainement, un écrivain. Ce qui le distingue fondamentalement, bien sûr, de l’auteur au premier chef, c’est que le texte  réécrit « ne sort pas de lui ». Ce n’est pas dans son propre imaginaire qu’il va puiser ses phrases, ni dans son vécu, ni dans son ego profond. Et pourtant son travail d’artisan est le même : le travail d’écriture. Cela dit, un ingrédient me semble nécessaire, voire inévitable à la restitution heureuse du texte de départ : l’empathie, qui suppose non pas une communauté d’idées ou de vécu avec l’auteur, mais plutôt une similitude beaucoup plus subtile dans l’approche des choses, du monde, dans la structuration originelle du langage. Un  musicien peut-il jouer avec le même bonheur du Bach ou du Chopin ?

      Cela dit : est-il souhaitable pour bien ou pour mieux traduire, de rencontrer son auteur ? Ecartons d’emblée une confusion courante : ce que l’on traduit c’est un texte, et non pas un « homme » ou une « femme ». Il peut y avoir un écart considérable entre un texte magistral et la personnalité qui l’a créé. L’auteur qui, dans son texte, s’invente un univers, une atmosphère, ne les vit pas pour autant au quotidien. Bien au contraire : le texte peut être écrit en réaction à la personnalité et au vécu de son auteur. En quoi donc la rencontre avec l’auteur pourrait-elle être bénéfique au traducteur ou à la traduction ? La question à ne pas lui poser est : « Qu’avez-vous voulu dire exactement dans ce passage ? », car ce qu’un artiste veut dire dans un poème, un film, ou un tableau … : il n’a justement pu le dire que de cette manière-là et dans cette forme-là. La seule façon pour lui d’être précis et suggestif était l’expression par le poème, ou le film, ou le tableau. Mais il y a plus, car un auteur non seulement écrit, mais « est écrit ». Il est écrit par son inconscient, son vécu souterrain, ses souvenirs flous, son « interculturalité ». Dans son texte passent donc une foule d’éléments, d’émotions, d’informations dont il n’a pas nécessairement conscience. S’il maîtrise son style, son écriture, il n’est pas le meilleur lecteur de son propre texte. La tâche du traducteur est précisément de lire en profondeur et d’être sensible à la polysémie qui est la chair même de tout grand texte d’auteur, et qui échappe souvent à l’auteur lui-même. La difficulté majeure à laquelle le traducteur se heurtera, est précisément le rendu de cette polysémie, pour toutes les raisons évoquées précédemment.

Pour en revenir à la rencontre nécessaire ou non du traducteur et de l’auteur : elle peut être intéressante, oui, dans le cas de ce que l’on appelle les « realia », les référents culturels ou individuels. Cela mis à part, c’est au traducteur de savoir lire. Il est donc seul, irrémédiablement seul face à sa double tâche monumentale : l’exégèse complète du texte et la recréation fidèle de celui-ci dans un autre matériau. Il est le meilleur lecteur qui se puisse imaginer. Ici aussi pourtant surgit  un écueil majeur: une lecture est forcément une prise de sens par une personnalité, marquée par son milieu, son époque, voire son âge. Le livre qui quitte la table de l’auteur pour être livré en pâture à la foule des lecteurs, ne sera plus jamais le même : toute lecture est un mariage entre le message « offert » et le décodage particulier de tel ou tel lecteur. Le traducteur idéal devrait pouvoir restituer toutes les lectures possibles.

Si le traducteur est donc un écrivain, quoique « ré-écrivain », il lui faut cependant oublier son style propre et éviter le piège de « l’acclimatation » du texte à la culture d’arrivée. Walter Benjamin a fait comprendre qu’une bonne traduction était « transparente », laissait voir en filigrane « l’étrangéité du texte de départ ». Ainsi le français du texte traduit ne devrait-il pas être un français « bien léché » qui rabote toutes les aspérités littéraires et subtiles du texte source. Il ne devrait pas être cette « belle infidèle » dont parlait Georges Mounin, et qu’il est encore trop souvent.

Qu’en est-il actuellement du statut du traducteur littéraire en Europe ? Je ne pourrai fournir ici qu’une réponse brève et schématique. Disons en gros que depuis une vingtaine d’années, sa situation s’est grandement améliorée dans certains pays, mais laisse encore à désirer dans d’autres. Dans une quantité de régions bien « nanties » d’Europe occidentale, le traducteur a juridiquement le statut d’auteur à part entière. Ce qu’il remet à l’éditeur c’est

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