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texture. Tous les maillons reliés
entre eux pour former ce tissu textuel créent une cohérence intime que le
traducteur doit repérer, pour la recréer dans sa propre langue. De nombreuses
traductions peuvent être « mauvaises » déjà pour la simple raison que
le traducteur n’a pas suivi à la trace le fil conducteur qui part du premier
mot pour conduire au dernier, en passant essentiellement par quatre
relais : les connecteurs grammaticaux d’abord. Ce sont ces petits mots qui rappellent la
phrase précédente et annoncent la suivante, créant entre elles un lien
logique ; connecteurs qui peuvent
aussi être implicites. Le traducteur qui passe outre à ces liens logiques ou
les interprète mal, donnera naissance à un texte qui n’a plus ni queue ni tête.
Le second « liant » du texte est l’accentuation dans chaque phrase d’un seul message mis en
évidence, tandis que tout le reste n’est que corollaire. L’accent non repéré ou
déplacé par le traducteur peut conduire à du non-sens dans la logique globale
du texte. Le troisième liant, est le champ sémantique : ce réseau de termes qui se font écho
pour créer un « effet » global, dans le registre du sacré par
exemple, ou au contraire du vulgaire. C’est ici qu’entre en jeu la
« connotation », souvent difficile à faire passer d’une langue à
l’autre. Le mot connoté est redoutable, car il rayonne dans un certain sens,
voulu par l’auteur, créant un effet précis. Enfin, les derniers expédients
majeurs du texte littéraire sont le rythme, la mélodie, la musique textuelle. Le rythme saccadé, le pizzicato
syntaxique évoqueront le désarroi, la mélodie étirée en longueur, suggérera la
langueur… On l’aura compris, l’effet est le concept-clé du texte littéraire. C’est
cet effet produit dans le texte de départ, que le traducteur devrait reproduire
dans sa langue. Or, ce travail le confrontera forcément à deux types
d’obstacles : la culture de la langue de départ, et… sa propre langue. Il
est généralement admis que la traduction est une trahison (traduttore,
tradittore). Mais de là à dire que le traducteur est un traître, il y a un
grand pas qu’il est injuste de franchir, car qui dit traître dit volonté de
trahir consciemment. Or, la trahison du traducteur est une trahison forcée,
elle lui est imposée, elle le torture et le frustre car son objectif premier
est la fidélité dans la restitution. Bien sûr il y a les traducteurs
incompétents qui trahissent par manque de métier. Ecartons-les et ne parlons
ici que des professionnels. Pourquoi se voient-ils contraints de trahir ?
L’instrument de l’auteur est sa langue qu’il manie et modèle pour créer une
forme littéraire (traduire un texte littéraire, c’est avant tout traduire une
forme). Or la langue héberge jusque dans ses plus petits recoins, ni plus ni
moins qu’une culture décantée, avec son passé, sa vie présente, ses références
multiples. Prenons la langue anglaise dont la conjugaison est d’une extrême
complexité, correspondant à un sens aigu et précis du temps, de la durée. La
langue allemande à l’inverse, a un emploi des temps relativement pauvre. Elle
place ailleurs ses richesses. Comment rendre les nuances temporelles de l’une
dans l’autre qui n’a pas les outils adéquats ? Bref, en un mot comme en
cent : la langue elle aussi reflète une vision du monde, de la vie, de la
mort, du temps, de l’espace. Faire passer cette vision du monde dans une langue
qui voit les choses différemment, c’est la quadrature du cercle. On pourrait
illustrer la mainmise de la langue sur le processus de la pensée et de
l’expression, en recourant à une image concrète et symbolique qui m’est
chère : celle de la restitution d’une figure de marbre dans un autre matériau,
disons le bois. Le sculpteur qui à l’aide de son ciseau tente de reproduire la
figure dans du bois, se heurte au même problème que le traducteur. Le bois, équivalent
de la langue d’arrivée, est très différent du marbre, symbole de la langue de
départ : il fait un autre effet, a une autre odeur, éveille d’autres
sensations. Dès le départ, le sculpteur sait que sa figure suscitera des
sentiments bien différents, ne serait-ce déjà que par sa plus grande fragilité.
Alors qu’il tente par exemple de respecter le galbe de l’épaule de la figure
originale, la veine du bois le narguera, et il devra se rendre à
l’évidence : s’il persiste à vouloir respecter le modèle, le bois cassera.
Le voilà donc contraint d’obéir à la veine du bois et de donner une autre forme
à l’épaule, malgré sa bonne volonté et son souci de fidélité. Au bout du compte
la figure de bois sera donc bien différente de la figure de marbre. |
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