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intelligible, et même évident, ce qui ne
s’explique pas, ne se voit pas, ne se démontre pas. Pourtant, il en rend toutes
les nuances, et c’est en cela que la langue française lui permet de donner à
toutes les situations, même les plus improbables, une formulation rationnelle.
Dans Rhinocéros nous lisons : « Peut-on
savoir où s’arrête le normal, où commence l’anormal ? Vous pouvez définir
ces notions, vous, normalité, anormalité ? Philosophiquement et
médicalement, personne n’a pu résoudre le problème. Vous devriez être au
courant de la question. – Bérenger : Peut-être ne peut-on pas trancher philosophiquement cette question.
Mais pratiquement, c’est facile : On vous démontre que le mouvement
n’existe pas ... et on marche ... on marche ... on marche ... » L’indécision et la
confusion mêmes s’y expriment avec clarté. De là le sentiment d’une évidence.
Voilà la marque de son génie. Ionesco est le porte-parole de l’insaisissable,
de l’inconstant, du virtuel. Et finalement que reste-t-il de cette réalité qui
nous échappe ? Précisément la langue, et en l’occurrence la langue
française. Une certaine manière de saisir l’insaisissable et d’en faire son
miel. Et pourtant la langue française elle-même nous échappe, nous révélant notre impuissance à ralentir le
cours des choses. Ainsi la Vieille
s’adresse-t-elle à la première invitée invisible des Chaises : « Pour
préparer des crêpes de Chine ? Un
oeuf de boeuf, une heure de beurre, du sucre gastrique ... » Si la
langue nous échappe, c’est le signe que le monde autour de nous nous échappe.
C’est que les objets vivent désormais d’une existence autonome. Raison de plus
pour vouloir leur échapper. Ionesco a exprimé ce désir par le moyen d’une
métaphore on ne peut plus claire : le Piéton de l’air. Et il s’écrie : « Moi, je veux rester un piéton de terre et un
piéton de l’air ». Car il étouffe. Il lui faut de l’air. Cette bouffée
d’oxygène, souhaitons que la langue française et sa littérature l’apportent à
beaucoup de piétons sur terre. Remercions
tous ceux qui en ont fait leur langue privilégiée, leur langue d’adoption, la
langue de leur inspiration. Merci à Eugène Ionesco. Merci à Constantin
FROSIN. N. B.
Nadine Dormoy est Directrice de la revue EUROPE PLURILINGUE:
www.europeplurilingue.org
Françoise WUILMART La
traduction littéraire bien comprise un
atout pour l’Europe La traduction
littéraire s’attaque par définition à un texte étranger dit
« littéraire ». Première question : qu’est-ce qu’un texte littéraire ?
Les réponses affirmant qu’il s’agit d’un texte « bien écrit », au
« style soigné », n’en sont pas à proprement parler. Il y a des
textes scientifiques remarquablement bien écrits. Et rien n’a plus de style et
de précision lexicale que les textes juridiques. De plus la traduction
littéraire ne s’intéresse pas qu’à la fiction (romans, nouvelles, poésie,
théâtre) mais à tout le vaste domaine des sciences humaines, pour lequel il
existe actuellement un manque cruel de bons traducteurs ….à former. On pourrait
schématiser en disant qu’il y a, en gros, deux types de textes : les
textes à visée informative, de nature objective, et … les autres. Dans les
premiers, l’auteur s’efface, recherche une forme d’expression neutre qui ne
véhicule pas le sentiment qu’éveillera en lui l’objet ou le phénomène décrits.
C’est le rapport du chercheur, c’est le mode d’emploi, c’est le texte de loi,
où l’intervention du rédacteur « entre les lignes », son avis,
l’effet produit sur lui par l’objet décrit seraient malvenus et constitueraient
un obstacle à la crédibilité du message. Ce qu’un auteur cherche à communiquer dans la
seconde catégorie de textes, dits « littéraires » c’est le regard
qu’il porte sur ce qu’il décrit, c’est sa « vision du monde ». Ce
regard individualisé, coloré, « égocentrique » donne au texte sa
tonalité propre. Le texte littéraire a donc une « voix ». Cette voix s’écarte volontairement de la
langue normative. Par ailleurs, ce qui constitue la nature même d’un texte
(littéraire ou non d’ailleurs), c’est sa |
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