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Le
livre de prières devant moi, je pense à l’heure de la mort et au moment où je
vais rendre compte là-haut, dans le Ciel. L’éphémère du saint Jugement
m’apparaît plus déprimant que l’éternel de la mort. En me débattant entre
ici-bas et là-haut, je ne vois plus, pauvre moi, que de bonnes heures, des
hordes effrayantes de secondes, juste pour des réflexions personnelles
insignifiantes, même aux yeux du commun du mortel, qui sait… En philosophant avec
les quelques êtres qui me sont chers, je réalise, au fil des jours, que je suis
encore plus incompris, que, au lieu de me gagner un ami, je me fais un autre
ennemi, juste parce que je suis trop sincère, direct et critique… C’est triste,
mais plutôt seul, qu’entouré par des gens qui veulent entendre les seules
vérités agréables à leur oreilles ! C’est une décision dure, drastique,
que j’ai eu de la peine à prendre, mais que j’espère respecter avec fermeté,
sans la moindre déviation, autant que possible… Voire, ne pourrait-on pas vivre
tout seul au monde, que diable ? Je me crains plus
que je ne crains les autres – continue-t-il la confession de sa vie – et je
suis assez souvent conscient de ce que je suis mon propre ennemi, que, au lieu
d’être le ténor de cette opéra glorieuse qu’est l’existence, je suis un simple
chanteur dans un chœur nombreux, fatigant et agaçant, peut-être à cause des
circonstances, ou peut-être parce que c’est ainsi que j’ai opté moi dans mon
inconscience, pas même maintenant n’en ai-je appris la raison exacte… Peut-être
le saurai-je un jour – pas trop éloigné – est-ce un ange ou un démon qui se
cache au-dedans de moi ? J’aime croire cela
et j’aimerais même que des ailes d’ange me protègent et que ce ne soient pas
les bras du mal qui m’embrassent dans leur accolade excitante, mais tellement
létale ! Apparences trompeuses, éclatantes quand même, serait-ce cela la
voie d’accès aux intelligences et aux cœurs de beaucoup des contemporains ?
Ô, muses, esprit glorieux, permettez-moi de m’abuser, mais la couronne de votre
triomphe me sert comme douce et tendre confirmation, au possible ! Ce sont
toujours la compréhension, l’affection, l’ouverture et la générosité qui sont
les pas de la spirale digne d’être suivie, c’est la seule certitude ! Malgré mon trop
d’amour, bien que je n’aie pas une bien-aimée à qui en faire don, je n’ai pas
peur, je ne crains rien ! Le jour viendra où, pour sûr… Pour le moment, je
tente d’entraîner ma raison qu’il vaut mieux que j’épande mon amour sur les
livres, les poèmes, les prières, sur tout ce qu’il y a de plus beau dans la
nature, sur les animaux si fidèles – à la différence de l’homme ! Je
cultiverai des idées originales, créatives, en lisant le plus possible, en
voyageant, en appréciant et en apprenant à accepter et à aimer les phénomènes
de la nature – j’aurai, ainsi, la chance de jouir d’un arc-en-ciel d’actes de
vie, de sentiments. Je suis optimiste en
mon for intérieur, bien que, à l’extérieur, je laisse parfois – sans la moindre
intention d’évidence – l’impression d’un pessimisme bien dessiné… Encore que,
ceux qui me connaissent de près, se rendent compte, quelque temps après, que,
en essence, je suis un individu optimiste, mû par l’espoir d’un avenir
lumineux, animé par le souhait d’être environné uniquement par le calme, la
paix et l’harmonie. Tout à coup, je
constate que je n’ai plus peur, mais pas du tout ! Ce sentiment sombre,
tellement inutile, commence à se dissiper quelque part, dans la vallée de
l’oubli. J’espère que la caverne de la connaissance personnelle sera illuminée
par le flambeau de l’esprit, et l’ombre du doute, de l’hésitation se retirera
inévitablement, impuissante. Je suis un philosophe, mais j’essayerai de ne plus
chercher la sagesse dans mes propres écrits, mais en quelque chose de plus que
la force ou le mérite d’aucun humain : la prière. Je ne veux plus
craindre du tout les péchés du passé, je ferai n’importe quoi pour devenir un
autre homme, avec une intensité et une passion illimitée en vue de
l’accomplissement des bons faits, afin d’extraire le poison de l’épine à même
les pétales veloutés, sensibles et romantiques de la rose. Je ne permettrai pas
à la rose qui m’habite de pâlir, voire, j’essayerai d’abriter quelque papillon
délicat, un petit oiseau qui gazouille sa joie de vivre, ou une abeille
diligente, en quête du repos. Sans confusion ni hésitation aucune, je vais me
modeler un céleste ars vivendi !
Vive le pèlerin intrépide ! |
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