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Simona
FROSIN LA REDOUTABLE PEUR DE LA CRAINTE (sic !)… Je me
crains, j’ai peur de moi,
disait le poète érudit, en dialoguant en imagination avec son livre de poésies
– la Bible de sa vie. Ma poésie à moi n’a aucunement la force de la prière que
j’ai rêvé d’élever pour la sacralisation de l’humanité. J’ai reposé mon rêve au
pied de la colline, et celle-ci en a coupé les ailes, dès le début du vol.
J’eusse mieux fait d’aspirer du premier moment aux leçons de vol de l’esprit
sur les sommets les plus éloignés de la montagne, ses cimes m’auraient induit
un certain élan, auraient motivé mes lentes plumes… Je
redoute à perte de vue mes neurones qui pourraient s’en aller de tous côtés,
mon cerveau qui, en se laissant excité par la volupté de la répétée remise à
plus tard, pourrait devenir, un beau jour, purement statique, passif, en un
mot, paralysé. J’ai peur aussi de mes indécisions, de mes hésitations, de mes
enlisements dans cette putride temporalité – ceci m’aura coûté vingt ans de
vie ! (Le poète était déjà un homme entre deux âges, et les regrets
avaient creusé de larges crevasses, avaient taillé des ourlets exagérément
renforcés sur la pèlerine de la destinée, à même le manteau de sa douleur). J’ai
terriblement peur de cette carcasse de chair qui refuse de m’obéir, qui n’a
nullement l’air de vouloir se soumettre au sceptre de ma volonté, qui n’accepte
pas volontiers d’être modelée ou sculptée par le fléau de ma pensée
toute-puissante. J’ai un haut le cœur à me souvenir de ce que je n’ai pas trop
d’amis, mais j’ai encore plus peur lorsque je pense à mes peu d’amis… si, un
jour, ils s’avérer plus menaçants et plus indiscrets que l’ombre de la solitude
absolue ? Est-ce que je vais préférer les ténèbres solidaires à la
compagnie menteuse, trompeuse d’un apparemment bon ami ? Ma pensée
sera-t-elle pulvérisée par cette vague ? Je
considère d’un œil hagard la maladie et attends un bonne fois le tremblement de
l’être, pour que, par suite de ce chancellement, bouleversement, tous les
idéaux couchés et réprimés s’éveillent à la vie, en trouvant leur
matérialisation dans les murailles de l’extinction ainsi ressuscitée. La
volonté ne m’obéit pas non plus et m’abandonne – juste aux moments les plus
difficiles – en proie à la tentation. Après tout, serait-ce un si gros péché de
donner mon corps, de céder au plaisir accablant ? Jusqu’à
l’air que je respire est hédoniste, tout est pénétré par le doux arôme du faux,
du mensonge, de l’illusion ; alors, donner au profane ce qui est au
profane et au sacré ce qui est au sacré, n’est-ce pas ? Le laïque qui
m’habite a parlé pour moi tout à l’heure et il tend, le pauvre, à croire qu’il
a vaguement raison, mais le moine qui habite mon autre moitié, l’ascète de mon
intériorité savent bien qu’il n’en est rien, que le choses n’en sont point – ou
presque – là où elles ont l’air d’être. Donnez-moi une plume, et je dessinerai
un Golgotha, que cette croix – qu’est l’humain, parcoure avec audace et courage
enthousiaste jusqu’au bout ! Me
retirer dans ma chambre, dans ma cellule ou peut-être dans ma tour d’ivoire,
laquelle serait la variante optimale à même de mener à bonne fin la mission qui
me fut confiée lorsque j’arrivais ici-bas, dans ce bas monde ? C’est
d’au-delà que tu es provenu, dans un but qui fut bien défini LÀ-HAUT, mais que
j’ai oublié lors de mon voyage vers la Terre… Peut-être ai-je donné de ma tête
de bébé innocent contre le brouillard d’un nuage, chemin faisant. Je baigne,
d’une manière ludique, dans mes propres ironie ou moquerie, dans l’espoir, des
plus naïfs, de re-trouver un goût doux-amer au moins, non pas seulement amer,
sec ou âcre… Une
réalité oxymore serait plutôt à mon
goût qu’une vision totalement pessimiste du monde, à juste titre. Dans un monde
des contrastes, on parvient à trouver, de temps à autre, soulagement, même
bénédiction, pourquoi pas ? Alors que, dans un monde n’ayant qu’un visage,
où le mal est la seule vérité omniprésente, quelles pensées lumineuses
pourrais-je encore broder moi sur la voûte enténébrée ? |
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